« Après l’Empire » d’Emmanuel Todd a été publié une première fois chez Gallimard en 2002. C’est en version poche chez Folio-actuel avec sa postface de 2004, qu’il a fini dans mes bagages cet été 2007. Mieux vaut tard que jamais, et « Après l’Empire » est un bon compagnon de voyage pour prendre le maquis, loin de la fureur du monde et de son bruit médiatique.
E. Tood est un visionnaire, qui avait imaginé la chute du système communiste dès 1976, à partir des statistiques démographiques et économiques : La chute finale, essai sur la décomposition de la sphère soviétique. Ce n’est pas un idéologue, encre moins un propagandiste qui aurait retourné sa veste pour nous offrir à l’aurée du 21ème siècle, un essai sur la décomposition du système américain. C’est un besogneux du réel, qui n’oublie pas une règle fondamentale : « aujourd’hui comme hier, les vraies forces sont d’ordre démographique et éducatif, le vrai pouvoir est d’ordre économique ».
Ainsi, cet opus géopolitique, qui croise analyse statistique et anthropologie, dresse un portrait des USA qui permet de réviser les dogmes et les rêves transatlantiques, autant que de démolir le discours antiaméricain primaire. Pour autant, la charge contre le système américain n’en n’est pas moins redoutable. Car, comme un empire qui vacille, les USA sont devenus le principale problème du monde, pour retarder un mouvement d’équilibre et d’apaisement mondial, induit naturellement par le jeu des forces démographiques, culturelles, sociales et politiques.
« Après l’Empire » est a conseiller à tous ceux qui veulent en fuir l’image d’une planète structurée par la haine. A ceux qui refusent la représentation dominante du monde ravagé par la violence, qui induit une vision régressive de l’histoire. Ceux là pourront voir la formidable progression culturelle du monde actuel. La généralisation de l’alphabétisation de masse et le contrôle des naissances sont des tendances autrement plus lourdes pour l’humanité, que la théâtralisation médiatique d’attentats et de guerres. « Après l’Empire » remet en perspective l’histoire récente (1945 – 2002) et particulièrement les deux dernières décennies pour mieux décrypter/analyser les présent, et envisager l’avenir.
Pour conclure ce billet, je reprends ici les dernières lignes du dernier chapitre : « Osons devenir forts en refusant le militarisme et en acceptant de nous concentrer sur les problèmes économiques et sociaux internes de nos sociétés. Laissons l’Amérique actuelle, si elle le désire, épuiser ce qui lui reste d’énergie dans la lutte contre le terrorisme, ersatz de lutte pour le maintien d’une hégémonie qui n’existe déjà plus. Si elle s’obstine à vouloir démontrer sa toute puissance, elle n’aboutira qu’à révéler au monde son impuissance ».