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Délit d’outrage et crime de lèse-majesté

Notre omniprésident est un excité du verbe, avec des excès de vanité et le réflexe judiciaire bien huilé. Ainsi, trois procédures concernant la liberté d'expression et Nicolas Sarkozy ont occupé les tribunaux cette semaine, pour délit d’outrage. Notre omniprésident qui voudrait porter haut l’honneur de la République, a ressuscité le délit « d'offense à chef de l'Etat » et poursuit à tour de bras. Ne supportant pas le crime de lèse-majesté, il veut mettre les citoyens au pas. Il met le paquet sur l'outrage de droit commun contre quelques citoyens, ne pouvant se payer la presse pour « injure ou offense » qui sont des infractions bien encadrées au nom de la liberté d’expression. Je laisse le soin aux exégètes du droit de nous expliquer les subtilités du délit d’outrage et des possibles condamnations, avec l’article 433-5 du Code auquel est soumis le quidam français. Et pour ne pas insulter l’avenir, je place ce blog sous la protection du régime des infractions de presse ;-)

Ces trois procédures judiciaires intentées par notre vénérable chef de l’Etat (sauveur du capitalisme universel et de la paix du monde, de l’Europe, de la France, et des eaux usées du Cap nègre ;-), m’interrogent. N’est-ce point là une évidente restriction de notre liberté d’expression ?

Qu’est-ce au fond, que ce délit d’outrage ? Questionnons ce cher Robert, dictionnaire historique de notre langue :

Le mot outrage vient du mot outre, qui produit en ancien français « ultrage » (1080), d’abord employé dans les romans de chevalerie pour désigner une parole contraire à l’honneur du chevalier. Par l’intermédiaire de la locution faire outrage (1140) « offenser », il a pris un sens plus général. Dans la langue classique, il développe le sens métaphorique de « dommage, tort causé par manque de respect » (1620). Il sert également à désigner un acte gravement contraire à un principe (1535), d’abord dans un contexte biblique, puis aussi dans le domaine du droit à l’intérieur de syntagmes tel outrage à la pudeur, (1810) défini par le Code.

 

Ainsi donc, notre preux chevalier omniprésidentiel se rêve incarnation de l’autorité suprême et sublime, et est un hypersensible de l’honneur… Une montagne de vanité ?  Mais l’outrage n’est pas qu’omniprésidentiel. Il se conjugue aussi à la mode police, gendarme, préfet et sous-préfet, … Le Monde nous apprend que les procédures judiciaires pour outrage ont presque doublé en dix ans, passant de 17 700 en 1996 à 31 800 en 2006, selon l'Observatoire national de la délinquance.  Une véritable épidémie d’honneur bafoué, signe que le respect est une valeur baissière ma bonne dame. A moins que ce ne soit une mécanique de défense d’une dérive autoritaire, une parade contre les plaintes contre les forces de l'ordre ? Toujours est-il que la société civile est vigilante sur cette outrageuse montée de fièvre de l’offense, et un Collectif pour une dépénalisation du délit d'outrage (Codedo) a été lancé en septembre.

 

Green New Deal pour les européennes

Annoncé la semaine dernière sur ce blog, les écologistes français s’unissent pour les prochaines européennes grâce à Daniel Cohn-Bendit qui a lancé lundi son Green New Deal avec la liste Changer d’ère, qui est aussi une plateforme internet pour ceux qui rêve d’une autre Europe.

L’idée que nous sommes à la croisée des chemins s’impose. La faillite retentissante du système capitaliste dérégulé ces dernières semaines, est une opportunité à saisir pour refonder le système. Si l’on feint de découvrit avec stupeur que les arbres à fric ne grimpent pas jusqu’au ciel, il est temps urgence d’ouvrir les yeux sur les dommages provoqués à l’écosystème et au climat, car la boucle retour écologique sera bien plus violente que l’implosion financière récente.

Alors, maintenant que l’on prend collectivement conscience que l'échelon européen est le bon niveau où l'action politique peut influer sur le cours du monde, il nous faut un parlement européen (le seul outil démocratique des citoyens européens) qui exprime et traduise un projet durable de société à l’échelle de l’UE. Gageons pour un avenir meilleur, que Changer d’ère y participe et y réussisse avec les autres forces politiques progressives de l’Europe.

 

Juin 2009 et les européennes, c’est loin, et l’on n’a pas fini d’en reparler sur ce blog. Il faut inventer une nouvelle grammaire politique, faite d’aller/retour entre le local et le global, entre l’Etat et l’Union Européenne. Les élus du PE doivent inventer une nouvelle communication politique, qui relie les citoyens qu’ils représentent aux réponses communautaires. Ils devront s’imposer dans le débat politique et médiatique national, pour incarner une force politique transnationale effective. Eva Joly, Daniel Cohn-Bendit et les autres de Changer d’ère, va falloir mouiller la chemise…

 

Sarkozy veut rester Président de l’Europe

Sur un rythme de crise, notre actif omniprésident a pris goût à l’Europe. Alors qu’il achève avec éclat son mandat de président en exercice de l’UE, Sarkozy voudrait garder la main au niveau transnational. Le Monde déflore son projet de devenir président le la zone euro, en y invitant l’Angleterre au nom de sa place financière. Pour l'Elysée, le raisonnement est « tout naturel », pour prévenir le « sabotage » présumé des eurosceptiques Tchèques, qui doivent présider l’UE après la France au 1er janvier 09.  Face à l’impasse institutionnelle et fonctionnelle de l’UE (toujours sous le régime du Traité de Nice), Nicolas Sarkozy invente donc un gouvernement parallèle de l’Europe dans il se rêve président. Avec l'Eurogroupe plus l’Angleterre en invitée permanent, sans en passer par les textes, et sans concertation préalable avec nos amis allemands.

Arrogance française incarnée et rehaussée sur talonnettes, l’omniprésident se rêve le président d’une Europe économique où les autres personnages politiques de l’Europe paraissent effacés devant son activisme. Avec une ardeur intacte qui se révèle par temps de crise, NS plaide maladroitement pour le retour du politique en Europe.

Si sur le fond, je pense que mettre en place une gouvernance économique et industrielle à l’échelle de l’Europe, via un pilotage politique adapté, une coordination volontaire au sein de la zone euro soit une très bonne chose. C’est la méthode qui n’est pas la bonne. Bien entendu que les Etats de l’UE ont tout à gagner à coordonner leurs actions, pour approfondir leur intégration, c’est le sens même de la construction européenne. Ce retour à la case politique est indispensable pour poursuivre ce chemin de paix. Mais se proposer, s’imposer en dehors des textes, foncer au risque de fâcher tout le monde n’est assurément pas la bonne méthode quand on doit bâtir sur la confiance réciproque, qui se paye de compromis et d’humilité. La dynamique du couple franco-allemand pour bâtir l’Europe a toujours été nécessaire, NS ne devrait pas l’oublier. L’expérience de l’Union pour la Méditerranée le lui a démontré…

Qui plus est, le tout n’est pas de plaider pour une gouvernance économique et industrielle à l’échelle de l’Europe, encore faut-il en donner l’orientation ? Quelle politique NS propose-t-il à l’Europe en dehors de la réaction par temps de crise ? Une nationalisation de notre économie via des fonds souverains étatiques et européens ? Une distorsion des règles du marché communautaire au nom d’intérêts nationaux ? Quelle est la feuille de route politique proposée en dehors d’un coup politique, qui voudrait préempter un leadership menacé par la mécanique institutionnelle ?

Où nous conduira son ambition démesurée ? Quelles femmes et hommes politiques vont se révéler pour lui faire face ? NS arrivera-t-il à faire bouger l’Europe une fois que la France abandonnera la présidence de l’UE à la fin de l’année ? La politique peut-elle autre chose que l’activisme et de la communication ?

 

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Tag(s) : #chronique de la semaine
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