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Maryline Desbiolles est une magicienne, ou plutôt, ce sont ces mots qui recèlent des pouvoirs de métamorphose. Son dernier livre, C’est pourtant pas la guerre, fait escale à l’Ariane pour opérer sa magie, dans une péninsule reléguée à l’arrière de Nice. Pas si loin de la Promenade des Anglais, aux portes de l’arrière pays, juste à la frontière du Paillon, fleuve à sec et caillouteux qui déborde de temps à autre. L’Ariane l’endormie qui n’attend plus Thésée, qui sommeille faussement lascive, « à la périphérie de la ville, une zone, une zone sensible, une banlieue ». « A tout prendre, on préfère être seul dans l’île circonscrite à sa misère que dans le vaste monde », dira Jahida en conversation, à celle qui recueille. Au début, Maryline Desbiolles avait pensé écrire très précisément chacun des visages, mais, très vite elle y a renoncé pour « recueillir, pas décrire, pas épingler », pour laisser toute la place à son art épistolaire.

 

L’Ariane, kartier sous la plume belle de Maryline Desbiolles, recueillie en portraits, neuf plus un, dix voix, l’âme et le cœur d’un lieu. Des mots pour des humanités qui foulent la lumière crue du sud-est dans la pudeur et la pauvreté, dans un quartier où « c’est pourtant pas la guerre, pas du tout la guerre, pas la guerre, pas le moins du monde, la poussière qui pique les yeux et la gorge, même notre langue est poussiéreuse ». Des vies ballottées, échouées dans une île terrestre dont on part difficilement, réhumanisées par le fil littéraire de l’auteur.

 

Que n’est il d’autres Mme Desbiolles, pour chaque quartier stigmatisé en quartier à « karchériser », pour nous faire changer de regard, voir des trajectoires poétiques (parfois douloureuses) à la place de nos peurs.

 

J’avais découvert Maryline Desbiolles avec La Seiche, forcément commencer par la gourmandise ;-). Depuis, je suis resté fidèle, Anchise, Le Petit col des Loups, Le Goinfre, … Avec C’est pourtant pas la guerre, c’est le même style précis, saccadé, émotif, mais résolument tourné dans une vérité du réel social sans stigmate.

 

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Tag(s) : #heloim.sinclair
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