Pour abonder la réflexion nationale sur la politique énergétique et la lutte contre l’effet de serre, il est souvent intéressant de prendre un angle européen. Regardons les scénarii en vogue, et particulièrement ce qui est sur la table des propositions du secteur européen des énergies renouvelables.
L'EREC, l'European Renewable Energy Council, en collaboration avec GreenPeace international, a publié en janvier 2007 une étude très intéressante : energy [r]evolution, global energy scenario.
Le scénario officiel (IEA's world energy outlook projection) classiquement repris comme de "référence" par l'administration des pays de l’OCDE, propose une progression très relative de la part des EnR, avec un progression tendancielle de la consommation (business as usual) comme hypothèse. Ainsi, pour les experts de l’IEA (Agence Internationale de l’Energie) et tous ceux qui les croient aveuglément (nos politiques et techno-structures), les énergies renouvelables resteront des sources d’appoint même en 2050, elles ne seraient en aucun cas capables de représenter une part significative du mix énergétique mondial.
L'EREC propose un scénario alternatif, "energy
[r]evolution", combinant très forte maîtrise de l'énergie pour tous les secteurs, et une progression rapide de la part des e-renouvelables, pour être à la mesure des enjeux de la lutte contre l’effet de serre. Ainsi, les e-renouvelables pourraient atteindre 46,6 % de l'électricité et 39 % de la chaleur en 2020 pour energy [r]evolution, contre respectivement 23,5 % et 25 % de la consommation mondial au même horizon pour le scénario IEA. On constate que le scénario "energy [r]evolution" change la donne. Les énergies renouvelables peuvent ne pas représenter la portion congrue du mix énergétique mondial, mais assurer plus de la moitié des besoins avant 2050. Pour réduire drastiquement notre production de CO2, il faut une ambition nouvelle pour réduire notre consommation et produire de l’énergie réellement propre.
Il serait pertinent que les membres du Conseil européen de l’énergie lisent ce scénario « energy [r]evolution », avant de se réunir début mars. Il faut savoir que les ministres de l’énergie des états membres (celui de la France en tête) se font tirer l’oreille pour accepter un objectif contraignant de 20 % d’énergie renouvelable en 2020, pour couvrir les besoins d’énergie de l’Europe (à ce jour nous n’avons que des objectifs indicatifs et non respectés, sur l’électricité renouvelable et sur l’efficacité énergétique des bâtiments). Ce « binding target » pour la part d’énergie renouvelable à décliner nationalement froisse particulièrement les susceptibilités nationales, qui ne veulent entendre qu’objectif indicatif (à l’exception de l’Allemagne). Messieurs les ministres, il faut savoir raison garder, avec 20 % en 2020, nous sommes loin de faire face aux engagements de l’après kyoto, très loin de la feuille de route de « l’energy [r]evolution ». La Commission a proposé un objectif déjà inférieur aux recommandations du Parlement Européen. N’accepter qu’un objectif global non contraignant serait comme la promesse d’un candidat en campagne…